Tunisie, le Point sur l’OpenGov, et la participation citoyenne

Transparence ou non transparence ?

Dans la nouvelle Tunisie, on cherche à appliquer des lois révolutionnaires de droit d’accès à l’information. On cherche à donner au citoyen une valeur à sa citoyenneté, et un moyen de participer effectivement à la construction de son pays, non seulement à travers des élections mais aussi tout au long de l’année.

Sauf qu’à un certain moment on s’arrête et on regarde tout au tour, et on se demande qu’est ce qui cloche ! On retrouve des mentalités qui sont contre le fait que le citoyen profite de ces lois en premier lieu, puis on va encore plus loin en disant qu’il n’est pas encore assez mature pour accéder à ces informations, et après tout le Gouvernement fait le nécessaire pour lui ! Qu’est ce que vous cherchez dans ces informations ?

En Mai 2012 dans une interview du Hors série de La Presse, Lotfi Zitoun, Ministre conseiller auprès du gouvernement chargé des dossiers politiques répond (page 83) à la question “L’article 46 portant sur l’accès aux documents administratifs des établissements publics sera- t-il lui aussi soumis à la consultation?” :

Je vous donne mon avis personnel sur ce sujet : notre pays n’a pas atteint le niveau de maturité démocratique suffisante pour disposer d’une telle loi. «L’open date», comme disent les britanniques pose encore des problèmes pour beaucoup de pays occidentaux, qui ont commencé à en parler juste les dix dernières années.

Deux faits 1) on a des lois postrévolutionnaires 2) on a des gouvernants qui ne sont pas conscient de la maturité de ce peuple qui les a ramené à la tête de ce pays.

D’un autre coté à l’Assemblée Nationale Constituante on retrouve des députés qui sont totalement contre la transparence et considère même qu’il s’agit de la bonne interprétation des textes de lois… à l’image de Habib Khedhr qui a répondu à Sarhane Hichri, membre du groupe OpenGovTN

Je suis contre la publication des PV! Le RI l’interdit et vous n’en avez pas besoins!

Le RI le permet et l’interdit pas, même le président de l’ANC l’a autorisé, et était même surpris que ce n’est pas encore fait. Mais voilà au moins un avis clair, qui se positionne contre la transparence ce qui est nettement mieux que se positionner pour sans pour autant rien faire. Le problème c’est que je retrouve presque le même argument de maturité, pourquoi vous voulez ces documents !

Tu as comme l’impression que quelqu’un te prend tes clefs et puis te pose la question “Pourquoi vous voulez vos clefs?” Pour les utiliser bon sens ! Les données c’est les clefs de l’information, qui est la clef du savoir ! On nous cache les données source sous n’importe quel prétexte, puis on nous sort des informations voilà on a terminé, c’est beau ? Vous aimez le travail ? … Est-ce une bonne pratique ?

Le dernier argument c’est la confiance ! Vous n’avez pas de confiance dans ce gouvernement ? Laissez nous travailler, on a été élu par le peuple, on ne viens pas du ciel … Si vous dites que le peuple n’est pas assez mature pour des textes de lois, et bien on vous dis que ce peuple ne serait pas aussi mature de vous élire.

Est-il possible aujourd’hui de développer un pays à base de confiance ? Absolument non ! Aujourd’hui on veut créer un pays d’institutions, un pays ou la loi se respecte, un pays où on donne au citoyen sa citoyenneté, mais on ne lui pose pas de questions pourquoi tu la veux ta citoyenneté.

Un pays d’institutions ne se base pas sur la confiance mais sur l’information. Le citoyen a le droit de connaitre toute information publique dans son pays, c’est son droit et non une faveur des décideurs du pays qui peuvent selon l’humeur du jour dire oui ou non.

La transparence aujourd’hui est une nécessité non seulement pour construire la Tunisie d’aujourd’hui, mais aussi pour les générations à venir.

Participation citoyenne où est ce qu’on est ?

A vrai dire la situation de la transparence n’est pas aussi mauvaise dans le pays, et comme il y’a des bas, il y’a aussi des hauts à savoir la disponibilité de tout les budgets détaillées des ministères et de l’Assemblée Nationale Constituante [1], y’a eu aussi la publication de tout les PVs ainsi que la présence de la commission préambule [2], d’autres PVs vonte venir,  les données électorale du 23 octobre contiennent pleins d’anomalies mais on s’en passe vu que l’ISIE a fermé ses portes mais restent quand même disponible.

Mais la question qui se pose, qu’est ce qu’on a fait avec ces données ? Qui a jeté un coup d’oeil aux 3000 pages de budgets ? Ou aux PVs des commissions ?

A Vrai dire on n’a pas l’habitude de voir ce genre de données rendu public, avant qu’on parle de traiter ces données. L’utilisation de ces données a été effectivement très réduite, très peu ont détectés des anomalies dans les budgets, à part très peu de représentation graphique de distribution de salaires par ministère par exemple. Les médias n’ont pas montré une importance à la disponibilité des données, alors qu’ils devraient être les premiers à les décortiquer.

Pas grand chose pour les PVs de la commission préambule aussi, à part quelque DataViz. Amira Yahyaoui a annoncé hier dans le groupe OpenGovTN que Al Bawsala a recruté quelqu’un pour analyser ces PVs. Une action qu’on peut que saluer, en espérant que d’autres personnes ou associations se penchent sur tout types d’information afin de les analyser pour en faire sortir des idées, des projets, ou du savoir !

Aujourd’hui c’est au citoyen de prendre en main son pays, il ne faut pas attendre de X ou de Y qu’on te fournissent l’information, il faut aller demander cette information de la source et exercer sa citoyenneté et son droit d’accès à l’information.

Aujourd’hui il faut que le citoyen bouge et dis aux gouvernants qu’il est assez mature pour prendre les choses en main, et qu’il ne restera pas au merci du gouvernement pour décider si cette information est bénéfique pour lui ou non.

Le droit d’accès à l’information n’est pas une faveur d’accès à l’information.

Un jour on commencera à comprendre qu’il faut publier toute information publique sans poser de questions genre “pourquoi je publie ça”, et on commencera à utiliser ces données pour le bien du pays. Ce jour là on va découvrir que le nouveau pétrole c’est “les données” et que le meilleur moyen de l’extraire c’est le “citoyen”. Entre temps, le chemin est encore très long.

[1] Budgets détaillés
[2] PVs commission préambule